mardi 26 mars 2013

Bilan de ces 5 semaines de stage .....


                                               Bilan de ces 5 semaines de stage : 

Ce fut un stage riche, tant sur le plan professionnel que personnel. Le savoir faire, le savoir être, la générosité, le partage, la joie de vivre, le courage, l’humanitude, la bienveillance  des personnes que nous avons rencontré sont des valeurs qui guiderons nos pratiques professionnelles tout au long de notre carrière.


Voici en quelque mots ce que nous a apporté  ce stage et ce que nous avons compris :

-         -  L’anthropologie culturelle de la maladie :

Dans la culture Ivoirienne,  le rapport à la maladie diffère de la vision occidentale. En effet il n’y a jamais de maladie naturelle.  Pour un Ivoirien, la symbolique d’une pathologie renvoie à une faute personnelle ou un manquement aux règles sociales. La manifestation de la maladie est la résultante d’un sort d’un ancêtre, de Dieu ou d’un féticheur. De ce fait, pour la majorité des Ivoiriens elle n’a aucun rapport direct avec un germe, une bactérie, un agent pathogène, endogène etc.
Une personne malade aura comme premier réflexe de se soigner par la médecine traditionnelle en allant voir un tradipraticien, qui tente de trouver la cause sociale de la maladie et qui prescrit un traitement uniquement par des plantes médicinales. Parallèlement, un sacrifice animal est souvent associé. Si l’erreur est réparable, la personne malade se doit de la résoudre pour pouvoir guérir.
Certaines personnes guérissent d’autres voient leur état s’aggraver. C’est donc dans un deuxième temps, qu’ils ont recours à la médecine occidentale. La plupart des patients que nous avons accueilli à la clinique sont arrivés dans des situations critiques. La prise en soins est à ce moment complexe et onéreuse.
Sachant qu’il n’y a pas de système de santé en Côte d’Ivoire, que le salaire moyens est de 70 €, que tous les soins sont payants, et que les tarifs des traitements sont équivalents aux tarifs des traitements Français, il arrive souvent que le patient ne puisse pas être pris en charge de façon optimale.
Nous avons été confronté à la mort pour des maladies qui en France sont banales et guérissables.
Une des principales missions de l’équipe soignante est d’expliquer aux familles et aux patients l’importance de venir consulter dès les premiers symptômes.

-         -  Le système de santé Ivoirien :

En Côte d’Ivoire il n’existe pas de pas de système de santé identique au système Français. Seules certaines personnes privilégiées ont recourt à des mutuelles qui remboursent les soins plusieurs mois après la prise en charge. Au cours d’une hospitalisation, tout est à la charge du patient : la consultation, les bilans, les examens, les produits utilisés, les dispositifs médicaux (tubulures, seringues, gants, compresses, sparadraps etc.). Les traitements doivent être achetés à la pharmacie et apporter par la famille. Il est important de savoir que tous actes et interventions chirurgicales doivent être réglés totalement ou en partie avant d’être effectués.
A la clinique, nous avons rencontré une équipe qui tente d’apporter des soins de proximité à tout à chacun même au plus démunis. A plusieurs reprises nous avons pu constater que des soins étaient effectués gracieusement. Le Dr Séry n’hésite pas lorsque les familles n’ont pas les moyens financiers à avancer les soins ou offrir l’hospitalisation. Seule la part des chirurgiens est demandée aux familles.
Cette humanité et ce don de sois ne nous a pas laissé indifférentes : nous envisageons de nous mettre en association afin de récupérer des dispositifs médicaux et de les faire parvenir à la clinique une ou plusieurs fois par an.


-         -  La Douleur :

La première situation de soins à laquelle nous avons été exposée nous a particulièrement choqué. Nous avons du effectuer le pansement d’une laparotomie où les points avait tous cédés sans que la patiente n’ait bénéficié d’antalgique. Pendant tout le soin nous avons observé une souffrance extrême émanant des yeux de la patiente et seuls quelques gémissements sortaient de sa bouche.
Par des discussions avec les membres de l’équipe soignante, nous avons compris que la prise en charge de la douleur n’est pas une priorité dans les soins. Même si les soignants se détachent par leur savoir de la notion de « sanction » de la faute sociale, la douleur ne fait pas partie de la prise en charge du patient. De plus sachant que les patients ont des difficultés à payer les soins primaires et les antibiotiques, les antalgiques sont considérés comme un luxe. La douleur semble un processus normal associé à la guérison. Les enfants eux bénéficient d'une sédation au Valium, plus pour l’effet sédatif de ce dernier.
La prise en charge sans antalgique est la plus grande difficulté à laquelle nous ayons du faire face durant ces 5 semaines.

-          - Ce que nous avons mis en place :

Ces 5 semaines de stage ont été un enrichissement à double sens. Nous avons acquis des savoirs sur des pathologies novatrices et des techniques de soins encore jamais pratiquées. En contre partie, nous avons proposé différents points qui nous semblaient fondamentaux pour parfaire la prise en charge qualitative des patients :

* Planification murale :
Afin de faciliter la prise en charge quotidienne des patients nous avons mis en place une planification murale établie sur 24h. Sur cette dernière sont inscrit sous forme de codes les soins à effectuer aux différents patients en regard des prescriptions médicales. Cet outil permet de structurer les soins et d’éviter ainsi des oublis.


* Fiche de surveillance des plaies :
Afin de suivre la cicatrisation des plaies nous avons créé une fiche pansement. Sur cette dernière  est inscrit le nom du patient, le type de plaie, la date de la réfection du pansement, l’aspect de la plaie, les produits utilisés, et les observations. Ainsi chaque membre soignant est en mesure d’évaluer l’état des plaies au moment du soin et d’en informer le médecin si besoin.









* Traçabilité des poches de perfusion :
Dès les premiers jours de stage nous avons constaté que les poches de perfusions ne finissaient jamais aux heures prévues. Nous avons proposé de noter  sur chaque poche l’heure de début et de fin ainsi que le débit. Cette technique à été approuvée et mise en pratique par l’ensemble de l’équipe. Quelques jours après, les traitements se terminaient à l'heure en respect des prescriptions médicales.

* Désinfection des ampoules et des sites d’injections :
Après avoir constaté que lors des soins les ampoules et les sites d’injections n’étaient pas désinfectés, nous avons émis la proposition d’éduquer peu à peu les soignants à cette pratique. Après leur avoir expliqué l’intérêt de la désinfection pour éviter la transmission des germes chez des patients souvent immunodéprimés, cette démarche à été entendue et rapidement appliquée.

Formation à l’injection en IM :
Lors d’une injection nous avons pu constater que les soignantes de la clinique n’avaient pas les mêmes repères que nous pour une IM. Après leur avoir montré d’un point de vu anatomique le passage des différents nerfs au niveau de la fesse, nous avons créé un schéma indiquant le site approprié que nous avons fait valider par le Dr Séry et affiché par la suite en salle de soins.

* Traçabilité des soins au lit du patient :
Nous avons proposé de tracer les soins dans le DSI au lit du patient une fois ces derniers effectués et non pas à la fin de la journée ce qui est source d’erreurs et d’oublis.

--> Nous sommes conscientes que ces nombreux réajustements on quelque peu bouleversé les pratiques professionnelles des soignants mais ils nous semblaient indispensables pour parfaire la prise en charge. De plus ces réajustements n'ont pas été imposés ils ont été expliqués, et ont fait l’objet de plusieurs formations durant notre stage.


-        -   Actes et activités effectués :

è Pose de VVP, prises de sang, glycémies capillaires, pose de SAD, pansements simples et complexes, sutures, ablations de fils, accouchements, surveillances du nouveau né et de la mère, participation à des interventions, soins d’urgences, gestion de la violence, transfusions sanguines, soins d’hygiène et de confort, mesure des paramètres vitaux, injections IM,SC,IVD avec calculs de doses, radiographies, échographies, poses et surveillances d’oxygénothérapie, administration de thérapeutiques médicamenteuses, surveillances pré et post opératoire.

è Toutes nos compétences infirmières ont été validées.

-     -   Dans le futur :

Plus qu’un stage, ces 5 semaines ont été pour nous un réel épanouissement. C’est au sein de la clinique que notre profession d’infirmière à pris tout son sens. Nous avons, apporté, compris, appris, partagé, et vécu des moments inoubliables. 
Une réelle volonté d’entreprendre un parrainage avec la clinique émane de cette aventure. Nous allons créer une association dans le but de récolter des dispositifs médicaux utiles à cette dernière. Nous avons avec l’équipe soignante établie une liste avant notre départ. 




«  La culture est la force humaine qui découvre, dans le monde, les exigences d’un changement et lui en fait prendre conscience »  
                                                                                                 Elio Vittorini

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